Les grandes familles de vivipares

La famille des Poeciliidae

Les Poeciliidae sont les plus connus et les plus répandus des vivipares, aussi bien dans nos bacs que dans la nature. On les trouve à l'état naturel sur une majeure partie du continent américain et des îles des caraïbes, depuis la Floride, l'état de Caroline, aux États unis, jusqu'au nord de l'Argentine. On sait moins que l'on trouve aussi des Poeciliidae en Afrique, mais ceux-ci sont restés ovipares et sont classés par les aquariophiles parmi les killis, aussi nous n'en parlerons pas ici. Seules 208 espèces sont donc vivipares sur les 280 que compte cette famille : les Poeciliinae étant présents en Amérique et les Procatopodinae et Aplocheilichthyinae en Afrique.

Les Poeciliinae, caractérisés par le fameux gonopode que possèdent les mâles, sont en fait des ovovivipares : les embryons sont incubés dans les œufs qui éclosent au moment de la ponte. Néanmoins la plupart des espèces pratiquent une matrotrophie intense et les embryons connaissent une forte croissance au cours de la gestation. Le temps de gestation est normalement d'un mois et les pontes sont mensuelles, mais certaines espèces pratiquent la superfétation et échelonnent leurs portées (vois chapitre sur la reproduction). En raison de leur vaste répartition il est impossible de donner une norme générale pour leur maintenance. Il peut même exister des disparités au sein d'une même espèce selon que la souche est originaire d'une lagune côtière, donc chaude et salée, ou d'un ruisseau d'altitude et donc adaptée à des eaux fraîches. Signalons enfin que la plupart de ces espèces présentent une variabilité extraordinaire, tant en forme qu'en coloration. Ceci a beaucoup gêné et gêne encore le travail des taxonomistes et c'est traduit par de nombreuses confusions en terme de systématique.

Beaucoup d'espèces ont donc des définitions incertaines. Cela rend d'autant plus nécessaire la diffusion des souches avec les données correctes sur la localité d'origine. La notion de populations géographiques prend toute son importance avec les Poeciliidae.

La famille des Goodeidae

Ces vivipares sont endémiques des hauts plateaux du centre du Mexique (entre 1500 et 2500 mètres d'altitude). Le centre de répartition des Goodeidae est le bassin du Rio Lerma, où ils sont la famille dominante de poissons. Pour beaucoup d'espèces, et en raison de leur origine géographique, il existe chez eux une sensibilité aux fortes températures qui entraîne souvent une mortalité précoce des individus ou même une stérilisation des mâles au-dessus de 27°C. Pour la plupart d'entre elles il est utile de reconstituer par ailleurs les variations de température qu’ils subissent dans le milieu naturel. On recommande en général une température aux alentours de 15°C l’hiver et de moins de 25°C l’été. Ces poissons présentent une grande variété de formes et de comportements puisque certains sont nocturnes, grégaires, vivent en couple, sont prédateurs ou encore herbivores.

Ce sont des vivipares vrais, c'est-à-dire matrotrophes. En termes plus clairs, les embryons se développent hors de l'enveloppe de l'œuf et ils présentent des structures équivalentes à un placenta, que l'on appelle les trophotaeniae. À la différence des Poeciliidae, les femelles ne stockent pas le sperme, elles nécessitent donc un accouplement avant chaque grossesse. Les mâles présentent quant à eux une nageoire anale très légèrement modifiée, montrant simplement par rapport à celle des femelles une encoche constituée par des rayons plus courts et plus solides. C'est ce que l'on appelle un andropode et cela constitue l'organe copulateur mâle, l'équivalent en somme du gonopode des Poeciliidae. À noter qu'il existe dans cette famille deux genres non vivipares classés parmi les killis : les genres Empetrichthys et Crenichthys qui sont trouvés au sud des États unis

La famille des Anablepidae

« Anablepidae vient » du grec et signifie « grands yeux ». Cette petite famille de poissons renferme des espèces de poissons vivipares (la sous-famille des Anablepinae) et une espèce ovipare de la sous-famille des Oxyzygonectinae, Oxyzygonectes dovii (Günther 1866). Cette dernière espèce, assez anecdotique, est trouvée le long des côtes pacifiques du Nicaragua au Panama.

Au sein des Anablepinae on distingue deux genres très différents : d'un coté les Anablepinae qui sont caractérisés par la présence de gros yeux, en position supérieure et qui sont adaptés a une double vision aquatique et aérienne et d'un autre coté les Jenynsidae, récemment inclus dans cette famille (ex-famille des Jenynsidae) qui ont un aspect plus classique. Il est parfois dit que les Anablepidae sont orientés sexuellement : de larges écailles obturent partiellement un côté de l'orifice génital des femelles, droit ou gauche selon les individus. Il est également dit dans la littérature qu'il est nécessaire de trouver un mâle droitier pour réussir un accouplement avec une femelle gauchère et inversement. Ceci est en partie faux. Si ces poissons ont effectivement des organes génitaux asymétriques, les mâles arrivent tout de même à s'accoupler avec des femelles qui ne correspondent pas à leur orientation. Il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter quant à l'appariement des couples. Les Anablepinae mâles possèdent un gonopode relativement différent, en structure, de celui des Poeciliidae.